Le président Bernarht
« Son rôle est joué, son calvaire commence »
André Malraux
Transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon

Sous l’assaut de militaires putschistes, un pays sans nom vit ses derniers instants de démocratie.

A l’abri des rebelles pour encore quelques minutes, le chef de cet État attend dans son bureau. Autour de lui, ses collaborateurs, les derniers fidèles et quelques malheureux fonctionnaires prisonniers du sort.

Le destin de tous est incertain.

Et pour encore quelques minutes ce chef d’État doit tenir son rang, incarner le pays, défendre la Démocratie. Être le chef, ne pas trembler, ni douter, rassurer, croire encore et toujours pour les autres.
Lui-même a prévu secrètement de se suicider. Parce que son devoir lui dicte d’empêcher, par ce moyen, l’implantation durable d’une dictature.

Seulement…ce président est un homme et cet homme, Roberto Bernarht, a peur, veut vivre. Il ne peut se résoudre à l’idée que, dans cinq minutes, dix au plus, son corps puisse être étalé, à terre, sans vie, baignant dans son sang, fauché par ses propres balles ou bien celles de ses adversaires.

Doit il sacrifier la vie de l’homme au président ou l’honneur du président à l’homme ?

Il est seul à présent. À l’extérieur une sirène annonce un ultime assaut ennemi.
Roberto Bernarht n’arrive pas se défaire de cette idée :  “Il n’a pas été élu pour se battre jusqu’au dernier”…

L'histoire

Le président Bernarht est l’histoire d’un homme qui doute. Un homme qui au seuil de la mort n’est finalement pas prêt à mourir pour ses idées.
Un homme qui sent au plus profond de lui, que le suicide est la seule action possible face à ses adversaires. La seule action, aussi, qui le laisse maître de son destin. Mais qui n’arrive pas à passer à l’acte.

La mécanique de son plan s’enraille et le doute surgit subrepticement dans son esprit. Puis vient la peur qui étreint son corps et que seuls les renoncement peuvent calmer. Ces renoncements qui lui permettent alors de s’accommoder de sa lâcheté.

Et les événements autour de lui ne feront que le précipiter dans ce cercle infernal. Ce dont nous serons spectateurs et donc juge. En sachant qu’au fond de nous-même, nous sommes comme lui.

moneda

    PRÉSIDENT
C’est juste Jahn. Tu es malheureux. Mais qui ne l’est pas ici.
Nous n’avons rien pu faire aujourd’hui tout simplement parce que nous
ne pouvions rien. Aujourd’hui était le dernier jour de combat. Pas le premier.
Notre temps est joué.
Ton héroïsme, car c’en est, t’honore Jahn.
Mais ton rôle n’est pas là. Pense à après. Tu es brillant!
Toi, Theodore, Maria, Kurtz et tous les autres, vous aurez votre rôle à jouer.
Crois-moi, ce pays aura besoin de vous.

    JAHN (en colère, presque violent)
Ah non! Pas ça. Pas de vous.
Mais vous le savez … (silence) Vous abandonnez ? Vous, vous rendez ?
Vous avez peur ?  Vous abandonner le pays à ces traîtres ?  Nous n’avons pas le droit, Monsieur!
Nous avons le devoir de nous battre jusqu’au bout!
On va pas se coucher devant ces salauds.
Je n’irai pas en prison, pour ça!
Je refuse (il colle son arme contre lui)
Nous devons tenir… Monsieur le président.

   PRÉSIDENT
Écoute-moi bien, Jahn!
Tu crois que nous pouvons avoir, là, maintenant cette discussion, ce raisonnement ?
Nous connaissons tous les deux les conséquences de tous les gestes que nous pourrions avoir.
Tous! Et les leurs, aussi.
Je sais ce qu’il t’en coûte. De courage, évidemment, si dés maintenant ton destin,
comme celui des autres, ne t’appartient plus.
Mais es-tu vraiment sûr, que ta bravoure, ta résistance
ne soit motivée que par le seul idéal démocratique et patriotique ?
Ne défends-tu pas plutôt ta position, ton rang ? Les honneurs aussi ?
Je vois ce que tu perds.
Au nom ne quoi, brandis-tu cette arme devant moi ?
L’intérêt d’État ?  Ou ton intérêt ?
(la singularité de la question laisse le jeune homme sans voix)
N’entraîne pas les autres avec toi.
Ceux qui sont encore ici et tous ceux à l’extérieur
qui tremblent de ce qui s’y passe.

Les deux hommes se regardent un court moment, fixement.

Le bureau est maintenant presque vide.

Soudain, des hommes en armes encerclent le groupe de Jahn et les ceinturent. L’action est rapide, clairement préparée et anticipée, peu violente mais suscitent de nombreux cris de protestations, de colères.

JAHN
Monsieur…

PRÉSIDENT (lui tendant la main)
Il faut obéir.

Jahn finit par donner son arme au président. Un militaire ceinture à son tour Jahn. Le groupe résigné est conduit sous surveillance en dehors de la pièce.

Je me suis dit que je valais un minimum d'effort de leur part.
Ils viendront donc me chercher ici
Le président Bernarht
Parce que je serai plus digne, mon corps étendu par terre, entre deux tables, la tête explosée par une balle?
Et plus utile?
Le président Bernarht
Le projet

L’idée essentielle de ce projet est de filmer la lâcheté au travail.
De voir un homme s’enfoncer dans le renoncement par peur. Jouer avec le miroir que cet homme nous tend en plaçant le courage comme un rapport social comme un autre. Avec cette idée, sans doute pessimiste, que dés qu’un individu peut penser, réfléchir, c’est l’instinct de survie qui prédomine. Et qui peut tendre très rapidement vers la lâcheté.

Filmer la lâcheté au travail c’est de filmer un homme pris de doute. Qu’est ce qui se passe en effet quand la vie ou la mort d’un individu a autant d’un importance qu’un chef d’État menacé de destitution?
Des deux figures du roi, notre personnage doit en choisir une. En sachant qu’à ce moment précis la part symbolique écrase la part humaine. Il est l’État que des hommes veulent abattre.

C’est cet antagonisme que j’ai envie de filmer car il est pour moi un condensé même de l’engagement. Et avec un tel personnage l’enjeu dramaturgique est naturellement posé. Avec cet avantage supplémentaire qu’un chef d’Etat  est un figure « romantique » où se joue la lutte entre le monde idéal, rêvé -tel que les hommes devraient agir et le monde réel -tel que les homme agissent réellement.
Nous voudrions que Roberto Bernarht soit exemplaire dans ses décisions mais nous ne pouvons honnêtement pas juger un homme qui doit faire face à un choix moral. Quitte à perdre toute dignité.

Je vais repeindre ce bureau avec mon sang et on verra s'ils paraderont ici.
Ainsi, je me serai suicidé par lâcheté. Mais tout le monde sera où et quand.
Je serai dans les murs.
Et pour ne pas à avoir à assumer, ils déménageront le siège du gouvernement ailleurs.
Ma victoire alors sera totale!
Le président Bernarht
char
office

   PRÉSIDENT (Ne lui laisse pas finir sa phrase)
Les combats vont cesser dans quelques minutes.
Nous allons nous rendre.

   COLONEL KESSLER (au téléphone)
Mais Monsieur …..Nous pouvons encor…

   PRÉSIDENT
Non colonel. C’est fini!
Votre honneur, votre sens du devoir et votre légalisme vous honorent.
Mais vraiment, pour votre bien et surtout celui de vos hommes,
faites faire demi tour à vos chars. Donnez des instructions et profitez en pour fuir.

    COLONEL KESSLER (au téléphone)
Monsieur!!

    PRÉSIDENT
Pensez à votre famille colonel.
Vous serez recherché, jugé et condamné. Puis exécuté.
Et il y aura des représailles contre eux.
Colonel Kessler,  je vais raccrocher. Je vous remercie pour votre action
au service ce pays colonel. Je vous souhaite bon courage.

Le président raccroche et fait quelque pas amorphe.
Ses pas se font plus lent jusqu’à s’arrêter. Subitement ses genoux le lâchent.
Il s’effondre.

Aujourd'hui

Une version complète du scénario est écrite. La durée pour le moment dépasse les 30 minutes.

Les axes principaux de mise en scène sont bien établis.

Prochaine étape

Le scénario doit être récrit en partie, pour :
-Raccourcir le film sans casser la dynamique dramatique progressive créée
-Simplifier le rapport du personnage avec ses doutes et ses pensées intérieurs. Ce qui passe par des pistes de mises en scène en cours de réflexion (notamment sur le son)