Le vent sur la peau


Un jeune homme dans une cellule, le corps brutalisé, torturé.

Il est seul, exsangue.

Pour tenir et survivre il a une stratégie.








L'histoire

Le vent sur la peau est l’histoire d’un homme emprisonné dont on ne sait rien. Ni l’identité, ni les raisons de sa détention et de sa torture. On ne connaît pas le contexte politique et encore moins le pays. On ne connaît pas ses geôliers. soldats ou rebelles.

Il est seul dans sa cellule mais entouré d’autres compagnons d’infortune qui protesteront d’une certaine manière. Mais pas lui.

C’est un jeune homme -ce que les blessures peuvent laisser voir- qui veut survivre. Pour cela sa stratégie est simple, s’économiser. Conserver le maximum d’énergie, ne rien gaspiller. Ne pas faire un geste inutile, un pas trop rapide, peut être même un souffle de trop.

En le regardant, au plus prêt, on peut se demander si ses actions sont le fait de la volonté d’un homme ou bien la force vitale en lui qui ne peut pas s’éteindre et qui a pris comme possession de lui pour y arriver.

abstraction-corps

Malgré ses blessures, il ne gémit pas. Son visage n’exprime aucune douleur.
Pas la moindre crispation. Il ne bouge pas. Il respire lentement.
On entend sa profonde respiration et on voit son ventre se gonfler à chaque inspiration.

L’homme tourne légèrement le regard. Du mur vers le plafond.
Il ferme les yeux et souffle. Son corps se détend doucement.
De la tête au pied. Les épaules se contractent puis se relâchent.
Puis les bras, le ventre, les jambes jusqu’aux pieds qui s’allongent longuement avant de revenir à la verticale. Les pieds sont nus. Aussi meurtris que les mains.

On peut sentir tout ce flux traverser son corps.

Quelques instants encore et puis l’homme se met en branle. Lentement.

Il tourne son corps vers l’extérieur de son lit. Il le plie en deux. Puis ses genoux qu’il ramène délicatement hors du lit. Ses jambes glissent jusqu’au sol.
Tout les gestes sont précis, mesurés.
Le pied gauche touche le sol. Sur la pointe.
L’homme étire la jambe gauche et s’en sert de point de bascule pour redresser son bassin. Toujours aussi lentement.
A son tour, le pied droit touche le sol. Sur la pointe. L’homme finit de se redresser.
Il peut maintenant poser les talons.

Il est à présent assis sur le rebord du lit. Il reste immobile. Aucune trace de fatigue. Aucune douleur.
Le corps a presque semblé élastique pendant tout ce temps. ”

Extrait du scénario

oeil
« Le gêne est le plus fort.
Il a inventé la vie comme moyen de se perpétuer »

Le projet

L’envie de ce projet est née d’une expérience personnelle douloureuse. Témoin de l’agonie d’un proche, j’ai été frappé par le paradoxe que c’est au moment où la mort semblait la plus présente, la plus inexorable, qu’au contraire la vie m’apparaissait dans sa forme la plus prégnante, la plus visible.

La respiration par exemple. Plus lente évidemment, plus bruyante. Chaque souffle demandait une énergie considérable. Pourtant dans chacun des râles, il me semblait entendre, ressentir, quelque chose de plus fort que la respiration elle même. Comme si la Vie apparaissait à nue, remontait des couches où elle était enfouie. Qu’une fois le corps débarrassé des filtres de l’ordinaire, du quotidien, d’une mécanique bien huilée nous pouvions la voir.

Et j’ai eu envie de retrouver par la fiction cette sensation paradoxale que j’avais trouvé si apaisante. Et de chercher à filmer la vie sous un autre forme. Alors j’ai eu envie d’une histoire où l’on regarderait un personnage de façon décalé, inhabituelle et qui nous forcerait à regarder différemment le corps, et l’énergie qui le meut.

La lenteur est un élément clef de cette démarche. Avec l’idée d’avoir un danseur pour incarner le jeune homme. Car il faut quelqu’un qui maîtrise son corps, mais aussi qui sera jouer de l’instabilité et de la fragilité.

D’un point de vue cinématographique plusieurs pistes sont en réflexion. Des axes inhabituels, des rythmes lents. Une recherche sur l’image Infra-rouge est déjà engagée.

Les pas se rapprochent. Mais ils sont toujours aussi loin. Presque inaudibles en fait. Seul un esprit concentré, attentif peut les entendre.
L’homme ne bouge toujours pas. A présent il ressemble à un animal hypnotisé par des phares de voiture. Il essaye de se reconcentrer.

Les autres prisonniers réagissent. Ils accueillent le visiteur à grands coups d’insultes, de pieds et de mains tambourinés.
Les cris, les coups sont violents, stridents.

L’homme reprend ses esprits. Il a été sonné. La peur de ces hommes, de ce que représente la venu du visiteur, l’a fait paniqué quelques instants.
Suffisamment pour perturber violemment sa sérénité.

Au prix d’une incroyable concentration, sa respiration ralentit. Ses gestes aussi se refont plus lent.
Très lentement l’homme porte la carafe à ses lèvres. Il l’incline très, très légèrement. Un minuscule filet d’eau en coule.
Il garde cette eau en bouche longtemps pour rafraichir son palais.


Aujourd'hui

Une version complète du scénario est écrite. Le film devrait durer entre 7' et 10'

-J'ai commencé à chercher le comédien, dans l'optique de réécrire sans doute le scénario en fonction de son corps et de son bougé.

-J'ai commencé des recherches graphiques. Sur les Infra-rouges par exemple qui donnent une texture différente à la peau. A la fois étrange et fascinante.

Prochaine étape

-Recherche d'une production.
(participation aux rencontres producteurs-auteurs au festival Aubagne)